Filière porcine 2016, une année conjoncturellement atypique

Les premières analyses de l’année 2016 montrent une amélioration au niveau des indicateurs de conjoncture. Des prix de vente du porc tirés à la hausse par le rebond du marché chinois, des cours de l’aliment qui ne flambent pas malgré des rendements français historiquement bas … Le ratio cours du porc sur le prix de l’aliment reflète bien le changement de contexte. Après avoir subi 7 années de déficit au cours des 10 dernières années, les trésoreries commencent à peine à se reconstituer mais la route du redressement est encore longue.

Pour bien apprécier la conjoncture de la filière porcine, deux indicateurs sont à analyser car ils sont les deux principales sources de variabilité des résultats économiques des exploitations porcines. Tout d’abord le coût de l’aliment, car il représente en moyenne les 2/3 du coût de production chez les naisseurs-engraisseurs, puis le prix de vente du porc car il est le critère de valorisation des produits.

Moisson 2016 : un record !

En France, la récolte 2016 de céréales à paille s’élève à 43,7 Mt, soit un niveau comparable à 2001. La production totale de céréales est estimée à 57,4 Mt, en baisse de 21 % sur un an et de 17 % par rapport à la moyenne 2011-2015. Les conditions climatiques défavorables, excès de pluie et manque de soleil en juin, ont fortement pénalisé les rendements des cultures d’hiver en 2016. Le potentiel des cultures de maïs et tournesol est pour le moment préservé. Au niveau mondial, les perspectives des prix des céréales sont plutôt à la baisse car la production mondiale est, selon les estimations, en hausse.

Lente baisse de l’aliment

Sur les 9 premiers mois de 2016, le prix de l’aliment moyen pour 2016 est de 242 €/t, en baisse de 13 €/t par rapport à 2015 et 26 €/t par rapport à 2014. Ce contexte a permis d’améliorer la situation, ou de limiter les pertes face à une situation de prix de vente du porc très bas. Sur le début 2016 le coût alimentaire atteint 89 €/100 kg et représente 64 % du coût de production.

L’hétérogénéité des performances explique les écarts importants entre le groupe des 25 % “meilleurs” coût de production et celui des 25 % “inférieurs”. La différence est de 24 €/100 kg carcasse et correspond à un écart de de productivité de 1.55 porc par truie par an et un écart d’indice de consommation de 0.21 points.

Le maintien de bonnes performances techniques reste primordial. L’indice de consommation (IC) s’améliore constamment, cependant, 37 % des élevages affichent encore un IC supérieur à 3. Si pour l’alimentation le prix n’est pas maîtrisable, celui de sa consommation l’est. L’impact d’une dérive peut avoir des conséquences très fortes. Une baisse de 0.1 point de l’indice de consommation c’est une diminution du coût de production de près de 3 €/100 kg carcasse.

Le coût alimentaire est monté jusqu’à 110 €/100 kg carcasse en 2013, contre moins de 90 €/100 kg aujourd’hui. Une fluctuation des prix de l’aliment a des conséquences fortes sur les élevages. Une fluctuation de 5 €/tonne correspond à une variation du coût de production de 1,83 €/100 kg (cf. tableau).

Variations du prix de l’alimentImpact sur le point d’équilibre
5 € / tonne1,83 € / 100 kg
10 € / tonne3,59 € / 100 kg
15 € / tonne5,35 € / 100 kg


Le ratio prix du porc / coût aliment

Le ratio entre le cours du porc et le prix de l’aliment est un indicateur simple de conjoncture qui conditionne la rentabilité des élevages. Pour analyser ce critère, il faut regarder l’évolution du chiffre plutôt que le chiffre en lui-même. Plus cet indicateur est bas et plus le marché est plus tendu.

L’analyse de ce critère depuis 2005, nous permet de distinguer 4 phases dans l’évolution du marché de l’aliment et du prix du porc. Cette analyse nous permet de mieux comprendre la situation actuelle et de mieux appréhender les prochains mois.

PériodePériodeValeur du ratio Porc / Aliment
12005 à 20068.6
2d’octobre 2006 à novembre 20086.2
3de décembre 2008 à juin 20107.0
4de juillet 2010 à mai 20165.4
5de mai 2016 à aujourd’hui6.6

La première flambée du prix de l’aliment en 2007-2008 a dégradé ce ratio car dans le même temps le prix du porc n’a pas augmenté. Le ratio a perdu plus de 2 points par rapport à la période références de 2005-2006. Ensuite en 2009, le prix de l’aliment a baissé de manière plus importante que le prix du porc ce qui a permis au ratio de s’améliorer.

Vient ensuite une longue période entre depuis la fin 2010 jusqu’au début 2016 qui est marqué par une fluctuation similaire entre le prix du porc et celui de l’alimentation. Le ratio se situe entre 5 et 6  pendant cinq ans, montrant le contexte tendu de cette période. Depuis mai 2016, la filière rentre dans une nouvelle phase. Le ratio porc/aliment augmente, sous l’effet de l’amélioration des prix de vente du porc. Alors que le ratio était sous le seuil de 5 en janvier 2016, il est désormais à près de 7 en septembre 2016.


Prévoir pour agir

Aujourd’hui tous les éleveurs de porc raisonnent en prévisionnel. La gestion de la trésorerie en constitue le point central.

Depuis le mois de mai 2016, les cours du porc remontent, grâce notamment à une demande conséquente de la Chine. Cette période de prix plus favorable fait suite à plusieurs années de perte de trésorerie. En 10 ans, la trésorerie mensuelle aura été l’équivalent de près de 7 ans en négatif ! En moyenne la perte a été de -4 €/100 kg par mois en 10 ans, ce qui veut dire qu’il faut maintenant que la conjoncture soit favorable pendant une longue période pour compenser les pertes accumulées.

Les premières estimations pour l’année 2016, indique un prix du porc supérieur de 3% par rapport à 2015 et un coût alimentaire inférieur de 3 %. Sur la base des cours actuels, il faudrait plusieurs mois avant de revenir à un niveau d’endettement normal.

La bouffée d’oxygène des derniers mois est la bienvenue mais la vigilance doit rester de mise.