Marché du porc – Conjoncture difficile, garder la motivation

Prix de vente bas, contexte de l’aliment incertain… lorsque la conjoncture est difficile, il est primordial de garder sa motivation. Le marché du porc connaît des tensions structurelles sans précédent illustrée par l’absence de cotation sur le marché de Plérin. Si l’éleveur dispose d’une marge de manœuvre étroite, il est important d’anticiper en ayant une bonne maitrise de ses chiffres et en réalisant une projection. Les producteurs de porcs sont face à une crise forte et durable qui s’est amplifiée depuis 2014. La production française est structurellement à la baisse alors que le contexte européen est, à l’inverse, haussier. Cette augmentation de l’« offre » perturbe le marché car dans le même temps la « demande » ralentit, suite aux pertes de débouchés de l’embargo Russe. Depuis 2007, date de la première flambée du prix de l’aliment, la filière connaît des résultats économiques très dégradés. La situation financière des éleveurs de porcs est critique, car en 9 ans ils ont subi 8 années de trésorerie négative. Le cumul de perte de trésorerie atteint 180 000 euros pour un élevage de 200 truies. En moyenne sur cette période, le prix de vente a été inférieur au point d’équilibre de 4.77 €/100 kg. Un marché qui peut repartir Actuellement le marché du porc est dans une situation qui suscite les débats. En moyenne sur les 9 premiers mois de 2015, les cours se sont établis à 1,26 €/kg avant plus-value. D’un côté, il est trop bas pour pouvoir être rémunérateur pour les éleveurs, car sous le point d’équilibre, de l’autre il est trop haut pour être compétitif face aux principaux acteurs européens et mondiaux. Il est impératif de sortir de cette spirale négative et retrouver la rentabilité nécessaire pour être compétitif sur un marché concurrentiel. Toutefois, plusieurs indicateurs montrent que le marché du porc peut repartir. Cette situation favorable, tant attendue par les éleveurs, est cependant difficilement planifiable. La demande mondiale en porc est croissante, notamment grâce à la Chine, une hypothétique fin de l’embargo russe permettrait de relancer le marché à l’export d’autant plus que la parité euros/dollars est favorable aux exportations. Aliment : incertitude des marchés Selon les dernières estimations, la production mondiale de céréales en 2015 en baisse de 1,1% par rapport à la production record enregistrée en 2014. Elle s’établit au total à 2.530 milliards de tonnes. La demande mondiale de céréales est en hausse de 1,2 %, portée par l’augmentation de la consommation alimentaire et l’alimentation des animaux d’élevage. Le niveau de stock reste à un niveau élevé. Généralement dans cette situation la pression du marché sur les céréales est moins forte, conduisant à une baisse des prix. En effet depuis 2013, les prix des aliments porc ont baissé régulièrement. Cette baisse est encore trop lente pour pouvoir diminuer le coût de production des élevages. En 2013 le coût alimentaire est monté jusqu’à 110 €/100 kg carcasse, contre 90 €/100 kg aujourd’hui. Une fluctuation des prix de l’aliment a des conséquences fortes sur les élevages. Une fluctuation de 5 €/tonne correspond à une variation du coût de production de 1,83 €/100 kg. Le coût alimentaire représente encore 65 % du coût de production porcine en 2015. Compte tenu de ce coût et d’un cours du porc très bas, le maintien de bonnes performances techniques reste primordial. L’indice de consommation (IC) s’améliore constamment pour atteindre 2.93. Cependant, 37 % des élevages affichent encore un IC supérieur à 3. La productivité des truies passe, elle, au-dessus du seuil des 25 porcs. Force est de constater une grande hétérogénéité des performances. La différence atteint 27 €/100 kg carcasse au niveau du coût de production entre les 25 % meilleurs et les 25 % inférieurs. Si pour l’alimentation le prix n’est pas maîtrisable, celui de sa consommation l’est. L’impact d’une dérive peut avoir des conséquences très fortes. Une baisse de 0.1 point de l’indice de consommation c’est une diminution du coût de production de près de 3 €/100 kg carcasse. Mesurer l’EBE prévisionnel Aujourd’hui tout responsable doit penser en prévisionnel. La gestion de la trésorerie nécessite la même rigueur d’analyse. Ceci va permettre de pouvoir décider d’agir afin de réorienter les résultats simulés. Certes, la prévision est un exercice difficile. Mieux vaut cependant prévoir 60 ou 80 % de quelque chose que de ne rien prévoir. Le calcul du besoin d’EBE, du chiffre d’affaires d’exploitation nécessaire et du point d’équilibre de l’atelier sont les 3 principaux critères à connaître et à projeter. Ainsi, on se dote de repères financiers et de gestion d’usage simple et concret. De plus le point d’équilibre est facilement comparable au prix de marché. L’EBE est un critère financier qui permet d’apprécier la rentabilité de l’exploitation par son activité courante. C’est un critère largement utilisé par les banquiers. Les trois composantes de l’EBE sont les besoins privés, les remboursements d’emprunts et la marge de sécurité. Le chiffre d’affaires nécessaire correspond au chiffre d’affaires à réaliser pour faire face au besoin d’EBE, aux charges de structure et aux charges opérationnelles. A partir du chiffre d’affaires nécessaire il est possible de calculer le point d’équilibre. Il s’agit de soustraire les recettes accessoires afin d’isoler aussi justement que possible le chiffre à réaliser par la production purement porcine Le prix de vente du kg de porc et le prix d’achat de l’aliment permettent de mesurer l’évolution de la trésorerie. Par exemple, j’obtiens un point d’équilibre de 148 €/100 Kg de carcasse sur 2015. Je souhaite savoir quels seront mes résultats avec un prix de l’aliment qui baisse de 10 €/tonne sur les prochains mois et un prix du porc qui augmente de 0.10 €/kg soit 1,40 €/kg. Si je garde les même performances technique, mon point d’équilibre baissera de 3,59 €/100 kg. Pour mon élevage de 200 truies, le manque de trésorerie s’élèverait à 10 000 € sur la période. C’est important de le savoir dès à présent car je pourrai chercher des solutions afin d’éviter cette situation. En moyenne un écart de un prix de vente inférieur au point d’équilibre de 5 €/100 kg correspond à une perte e trésorerie de 22 000 euros par an. Réaliser des projections et développer un raisonnement financier, favorise la prise de décisions que ce soit pour bâtir de nouveaux projets ou renoncer à certains. En structure sociétaire et lorsqu’il y a plusieurs associés, la prévision est également vecteur d’une meilleure communication interne, autre élément favorable au bon fonctionnement de l’exploitation. Pour prendre les bonnes décisions, il est important de partager avec ses associés puis avec les fournisseurs et en particulier groupement, fournisseur d’aliments et banquier. La négociation sera conduite au cas par cas. Tous les éléments permettant de prouver la solidité structurelle de son entreprise de part ses résultats techniques et la qualité de ses dirigeants auront parfois autant d’importance que les chiffres eux-mêmes. Notre conseil : Le contexte externe évoluant rapidement, la réactualisation des données financières est fortement recommandée.