Recruter et fidéliser les salariés du secteur agricole : regard croisé du juridique et du management

Face à la problématique du salariat en agriculture, le Groupe Cogedis, dont fait partie AgriPME, propose des formations sur mesure : les clés de l’intégration, la communication en entreprise, le maintien de la motivation.
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Photo de Binyamin Mellish provenant de Pexels

Publié le 29/04/2022

« Il s’agit de porter un regard croisé du juridique et du management et donc de disposer de deux visions complémentaires », assure Arnaud Lacrouzade, responsable conseil. « On assiste à une vraie professionnalisation dans les métiers de l’agriculture » rebondit Séverine Lapierre, consultante en gestion des organisations et en management, intervenante ALTÉOR.

A ses côtés, Eléonore Bodin, autre consultante qui intervient sur la gestion sociale. Pas de cours magistral au cours de ces 3 séances de formation mais une approche très pragmatique et adaptée au contexte de chacun des agriculteurs employeurs. Ici, c’est la question de l’utilisation du téléphone portable qui pose problème.

Ailleurs, c’est qui doit être le donneur d’ordre au sein d’un Gaec ? « L’employé autant motivé que compétent n’existe pas. Le parcours d’intégration constitue donc un élément clé. Tout dirigeant doit faire en sorte de mettre ses collaborateurs en conditions de performances », résument Séverine et Eléonore.

A l’heure du débriefing, les apprenants se sentent mieux armés même s’ils ont bien conscience que leur métier de patron ne sera jamais un long fleuve tranquille.

Ils ont parallèlement apprécié l’écoute bienveillante des intervenantes qui ne se limite pas à ces quelques heures partagées. En coulisse, on s’est échangé les cartes de visite, « ça peut servir au cas où… »

A savoir :

Entre 2005 et 2017, le nombre d’actifs agricole a diminué de 7 % en Normandie malgré une légère reprise de l’emploi entre 2015 et 2016.

Séduire, recruter et fidéliser

La Ferme Normandie, c’est presque 30 000 salariés dans les exploitations et 10 000 dans les ETAF (entreprise de travaux agricoles et forestiers). Malheureusement, la progression des effectifs observée depuis 10 ans et qui compensait la baisse des actifs non salariés s’est arrêtée. Rencontre avec Edouard et Etienne qui font partie des 41 % de chefs d’entreprises agricoles normandes employant de la main-d’oeuvre.

EDOUARD JEANNE, producteur de légumes à Valcanville (50)

Edouard Jeanne est producteur de légumes de plein champ près de Barfleur dans le nord Manche.

Une activité gourmande en main-d’oeuvre, à l’instar du poireau, qui mobilise 6 personnes à la plantation et au lavage.

Six, c’est justement le nombre d’employés de l’entreprise, trop peu ! « En cas d’arrêt maladie, le rendement des chantiers baisse immédiatement. Il y a aussi les congés à gérer, particulièrement l’été qui constitue une grosse pointe de travail ». L’an dernier, il a trouvé un petit jeune mais depuis plus rien.

« Cela fait 5 à 6 ans que c’est compliqué. Il faut dire que le Cotentin connait le plein emploi ». Il a ouvert un compte auprès de Pôle Emploi, publie des annonces sur le Bon Coin, fait preuve de souplesse : « homme ou femme, débutant accepté, temps partiel ou temps complet, week-end libre… Le tout pour un Smic amélioré ». En vain.

Alors un job trop pénible peut-être ? « Un peu mais ça s’est nettement amélioré ». Pour Edouard, installé officiellement depuis le 1er avril après 2 années de parrainage, « ce phénomène pourrait même constituer un frein au développement de mon entreprise. Si je n’ai pas trouvé de personnel d’ici l’été, la question de produire moins se posera clairement ». Et l’intérim ? « Trop cher ». La main-d’oeuvre étrangère ? « Je ne suis pas fermé, on y arrivera peut-être si on n’a pas le choix ».

Malgré un emploi du temps compliqué, Edouard Jeanne trouve un peu de temps pour se former. « Je suis un jeune chef d’entreprise mais je n’ai pas été formé en tant qu’employeur. Ces journées permettent de se poser, de nous sécuriser, d’ouvrir nos esprits… On échange avec des collègues qui connaissent les mêmes difficultés alors on se sent moins seul ».

Moins seul et mieux armé notamment pour gérer le volet social de l’entreprise. « C’est très important d’autant plus que le monde agricole est un peu en retard sur ce dossier. Vacances, mutuelle, entretien annuel, intéressement, avantage en nature (…), j’ai appris beaucoup de choses ».

ETIENNE VANHOOVE, chevrier à Moyon Villages (50)

Au Gaec des Alpines, c’est qui le patron ? « Les décisions sont prises collectivement mais c’est moi qui manage le personnel et gère les plannings », assume Etienne Vanhoove, 15 ans d’expérience en tant que salarié au compteur, « alors, j’ai une vision différente ». Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre de la formation grâce à son centre de gestion.

Ici, à Moyon Villages (50), on élève 550 chèvres qui produisent 550 000 litres de lait 100 % transformés sur site.

A côté, une petite porcherie (1 000 porcs/an) histoire de valoriser le lactosérum. Atypique dans le paysage normand, l’exploitation compte cependant 50 ans d’existence.

A chaque associé son secteur de prédilection : un à la transformation, un à l’administratif et deux à l’exploitation (troupeau et culture). Au niveau des salariés, c’est un mélange de spécialistes côté transformation (7 jours sur 7) et d’une plus grande polyvalence pour le reste.

« A 9, on a créé 3 équipes de 3. Nous sommes donc d’astreinte 1 week-end sur 3 ». Etienne Vanhoove est clair dans sa tête. « Bien qu’agriculteur, je veux vivre sur un système standard avec 4 semaines de congés par an, vivre comme dans une entreprise et pas comme quelqu’un de seul ».

Une des clés de la réussite, c’est l’anticipation. « Le planning est calé jusqu’à fin juin. C’est un gros boulot mais chacun sait où il va. Après, je mise sur l’autonomie et la confiance. L’ambiance de travail est très bonne ». Autre clé, le respect du salarié. « Chaque heure supplémentaire est payée ou récupérée.

Les jours de récupération sont accordés autour d’un week-end. On pratique la journée continue, celui qui commence à 5 h débauche à 11 h… » Grâce à cette ambiance, peu de turn-overs. « Quand je recrute, je ne cherche pas de profil type mais quelqu’un de motivé ». Par connaissance, les choses se font naturellement parfois jusqu’à faire d’un salarié un futur associé, comme Maxime.

Facteur limitant : la proximité, « un rayon d’une quinzaine de km autour de l’exploitation pour des questions économiques et de confort de travail ».

Propos recueillis par TH. GUILLEMOT

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Rédigé par AgriPME